Transport routier : trop bon marché ?

A l’occasion de la polémique sur l’annonce de la disparition du « train des primeurs » de Rungis, observations sur la compétitivité du transport routier de marchandises. Une bulle économique signée Anne-Laure Chouin

France-Culture 18/05/2019 lire l’article

Bouchons de camions sur un autoroute française.
Bouchons de camions sur un autoroute française. Crédits : PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP – Maxppp

Prière de se déplacer plus proprement : l’injonction est partout, et elle s’adresse surtout aux particuliers, sommés de favoriser les mobilités douces pour leurs déplacements. Mais il est un secteur qui passe sous le radar médiatique et dont le transport  est pourtant considéré, en Europe, comme la première source d’émission de gaz à effet de serre : les marchandises.  

Disparition du « train des primeurs » de Rungis ?

Le sujet est revenu à la une en France cette semaine, avec l’annonce de la suppression prochaine du désormais fameux « train des primeurs » de Rungis. Ce train part chaque nuit de Perpignan pour livrer au Marché International de Rungis tous les matins 350 tonnes de fruits et légumes. Soit 10% de la production horticole du MIN qui voit par ailleurs 10 000 camions le traverser tous les jours, et ce malgré une gare modernisée il y a quelques années pour 20 millions d’euros.

A ces 10 000 camions vont donc venir s’ajouter environ 250 nouveaux véhicules, qui prendront la place des wagons primeurs potentiellement supprimés, au 30 juin prochain.  Cela fait tache, au moment où le gouvernement propose une loi de mobilité visant à réduire sensiblement les émissions de GES causées par le transport routier. Ce qui explique probablement aussi  la mobilisation sans précédent autour de la sauvegarde de ce train : politiques, affréteurs, direction du marché de Rungis, SNCF, tout le monde est autour de la table pour tenter de le sauver. 

Le fret ferroviaire, une longue décadence

Il est loin le Grenelle de l’environnement, qui avait fixé un objectif de 25% de non routier dans le transport de marchandises à l’horizon 2012. Cinq ans plus tard en 2017, on estimait que les camions transportaient toujours 80% des marchandises dans l’Hexagone et hors Hexagone. Une tendance qui ne s’érode pas et qui s’appuie sur 400 000 emplois de transporteurs routiers et près d’1.5 millions de personne dans tout le secteur transport et logistique. Le tout pour un chiffre d’affaire de 53 milliards d’euros. Un poids économique qui semble bien avoir balayé toutes les bonnes intentions politiques de développer le fret ferroviaire et maritime.

Si le transport fluvial se développe un peu, il reste minoritaire avec environ 5% des marchandises transportées. Le fret ferroviaire lui, n’a connu qu’une longue décadence. Entre 1995 et 2005, alors que le transport de marchandises par rail se développait dans toute l’Europe, il baissait de 15% en France. Aujourd’hui le train transporte moins de 10% des marchandises en France. A cause d’un désinvestissement complet des pouvoirs publics dans ce moyen de transport, d’un réseau vieillissant et d’une structure trop coûteuse, ainsi que de nombreux goulots d’étranglement à proximité des principales agglomérations. Sans compter l’ouverture à la concurrence du fret ferroviaire, qui n’a rien arrangé. En 2017 l’activité fret de la SNCF essuyait 120 millions d’euros de perte. 

Le routier trop bon marché ? 

Pas de quoi faire le poids devant une armada de camions dont le principal avantage_ou le principal inconvénient_  est la compétitivité. Avec des routiers, notamment venant des pays de l’est, dont les salaires défient toute concurrence. Des camions qui roulent au diesel non taxé, une fiscalité avantageuse et un argument ultime, qui encore aujourd’hui reste un moyen de pression très efficace : le chantage à l’emploi. Il marche particulièrement bien des que revient sur la table toute idée de taxation du gazole routier, dont les transporteurs, sont jusqu’à aujourd’hui, exonérés.    

Le transport routier des marchandises est trop bon marché en Europe, c’est le problème. A long terme, c’est mortifère: car les files ininterrompues de camions abîment les chaussées, engorgent le trafic, polluent l’air ambiant. Mais tant qu’ils seront compétitifs, le fret routier et maritime ne pourra pas se développer… et le train des primeurs de Rungis, pourrait ne devenir qu’un vieux souvenir !

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