le manque de courage politique tue, 3 années de hausse de la mortalité routière, ça suffit!

Nous n’avions pas connu cela depuis 1972: 3 années de hausse de la mortalité routière. Je vais démontrer ici que le gouvernement de François Hollande a laissé tomber la sécurité routière, des milliers de vies auraient pu être économisées mais il convient de ne pas froisser les conducteurs-électeurs avec des mesures impopulaires mais pourtant efficaces. Le pire est que le calcul politique est plus sombre encore. Bernard Cazeneuve n’a pas hésité à sacrifier nos jeunes qui sont les plus touchés par la mortalité routière: 25% des tués avaient entre 18 et 24 ans alors que cette classe d’âge ne représente que 10% de la population. Il a en effet présenté la réduction du taux d’alcoolémie pour les permis probatoires de 0,5g/L à 0,2g/L sang, ce qui cible principalement les jeunes. Une mesure stupide et sans réelle efficacité car les statistiques de 2013 ont montré que seul 7 tués ont résulté d’alcoolémie au volant de jeunes ayant un taux compris entre 0,2 et 0,5. une mesure annoncée en fanfare qui ne froisse en aucun cas les conducteurs plus âgés, les jeunes sont stigmatisés, ce qui n’est pas grave car ils ne votent pas le plus souvent. Les électeurs plus âgés ne sentent pas concernés par les efforts et le gouvernement les assure qu’il agit pour la sécurité. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf si on est jeune bien sûr! 

Replongeons nous d’abord dans l’historique.

Dans les années 60, une époque « bénie » pour certaines personnalités politiques d’extrême droite et de droite extrême, il n’y avait pas de règles:

  • pas de limitation de vitesse
  • pas de taux légal d’alcoolémie
  • pas de port obligatoire du casque
  • pas de port obligatoire de la ceinture
  • pas de permis à points
  • pas de radars
  • il suffisait d’aller voir son député, maire, sénateur pour faire sauter ses PV, le clientélisme politique pour assure le vote des électeurs se faisait au détriment de la sécurité des usagers de la route, notamment les plus faibles.

Il fallait réagir d’urgence, en 1972 les politiques n’ont pas fait de sondage d’opinion pour déterminer quelles mesures il fallait prendre, la question de l’impopularité ne se posait pas. Les experts ont été consultés et 4 mesures ont été prises (limitation de vitesse, taux d’alcoolémie à 0,8g/L, port du casque, port de la ceinture à l’avant, , les dents ont grincé, les politiques ont tenu bon et les résultats ont été probants. La chute de la mortalité a été immédiate et spectaculaire. 

 

 

 

La valeur absolue du nombre de tués ne tient pas compte d’un paramètre crucial: l’augmentation exponentielle du nombre de véhicule et des distances parcourues par ces véhicules. Nous résidons toujours plus loin de nos lieux de travail, l’indicateur le plus pertinent pour évaluer le risque routier est donc la mortalité par milliard de km.

La courbe trouve alors un autre éclairage, des efforts ont bien été effectués pour la sécurité avant 1972 mais ils étaient largement insuffisants car le nombre de tués explosait. Ceci montre bien que si on se contente du minimum d’efforts, la baisse insuffisante de l’insécurité (-3%) est délétère.

Avec des mesure fortes, une baisse de 7% permet de réduire la mortalité mais cela demande du courage, le courage de résister aux pressions des lobbys, aux pressions des conducteurs qui se sentent frustrés par les mesures qui garantissent la sécurité. Les partisans des soi-disant libertés individuelles ne veulent pas des règles de sécurité, ils estiment que l’autocontrôle est suffisant et qu’il faut avoir confiance dans la sagesse des conducteurs.

L’autocontrôle ne fonctionne pas, que cela soit pour les véhicules ou pour les armes. Aux USA la quasi absence de contrôle des ventes d’armes a des conséquences dramatiques: le taux d’homicide est très élevé (notamment pas des armes appartenant à un proche de la victime). Les règles strictes concernant les armes en France nous protègent. Il n’en est pas autrement pour les véhicules. Pourtant les voitures et les motos sont les seuls biens de consommation dépourvus de sécurité qui les empêchent d’être dangereuses. Les véhicules sont inutilement puissants et rapides, ils peuvent très souvent dépasser 180 km/h alors que la vitesse maximale autorisée est 130 km/h.

En 1992, le gouvernement de Bérégovoy sous François Mitterand a mis en oeuvre le permis à points. Les routiers ont bloqué les routes mais le gouvernement a tenu bon, il a envoyé les chars pour dégager les routes. Le courage politique a été payant. La courbe de la mortalité a continuer à baisser.

En 2002, le Président Chirac conscient de la remontée de la mortalité routière, décrète la sécurité routière comme grande cause nationale. Deux mesures phares ont été prises:

  • l’installation des radars automatiques les contrôles ne sont plus sporadiques, être verbalisé ce n’est plus la faute à « pas de chance »; le radar est là tout le temps, donc c’est bien la faute du conducteur qui roule trop vite. 
  • la mise en oeuvre du Contrôle Sanction Automatique, c’est la fin des passe-droits, il n’est plus possible de faire sauter les PV comme auparavant.

Rappelons que les radars ont permis de lutter contre les petits excès vitesse. Le gouvernement de Jospin avait auparavant focalisé la répression sur les grands excès de vitesse et cela n’avait pas amélioré la situation. En effet le modèle de Nilsson et Elvik montre que si la vitesse moyenne décroit de 1 km/h les accidents graves baissent de 2% et les tués de 4%. Les grands excès de vitesse influent peu sur la vitesse moyenne quand ils ne sont pas nombreux. Par contre le grand nombre de petits excès de vitesse influe fortement sur la moyenne des vitesses pratiquées. Les radars permettent de réprimer les petits excès de vitesse comme les grands, la vitesse moyenne a baissé de 10 km/h entre 2003 et 2007 et la mortalité routière a été divisée de moitié. La règle a bien été vérifiée.

Par démagogie, certains politiques veulent abandonner la répression des petits excès de vitesse alors que c’est justement c’est ce qui fait le succès des années 2002-2007.

Lorsque les avertisseurs communautaires de radars (exemple Coyote) et les applications sur smartphones ont commencé à se répandre, l’efficacité des radars s’est fortement dégradée. Le signalement de la présence des forces de l’ordre avec ces outils s’est généralisée chez les amateurs de vitesse, les cambrioleurs et les terroristes! pourtant en juin 2010 le gouvernement de Fillon sous la présidence de Sarkozy a reculé devant le groupe de pression des constructeurs de ces technologies en opérant un changement cosmétique: les avertisseurs de radars sont devenus des aides à la conduite, il n’est plus possible de signaler les radars  mais il est permis de signaler les « zones de danger » dans lesquels ils sont situés. Zone de danger est devenu un code pour radar, rien  n’a changé et l’efficacité des radars a continué à se détériorer. La pente de la courbe de la mortalité a continué à s’adoucir. La faiblesse des politiques se traduit en pertes de vie qu’il aurait été possible d’éviter.

Sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, le quinquennat de François Hollande avait bien commencé. M. Valls a bien entendu les experts et a fixé l’objectif 2000 tués en 2020 qui semblait tout à fait réalisable selon les experts, c’est la ligne bleue sur le graphique.

Manuel Valls est devenu premier ministre et Bernard Cazeneuve a pris le relais mais il a changé le logiciel, ce n’est plus l’efficacité qui prime mais l’acceptabilité. Ainsi pour B. Cazeneuve une mesure ne sera respectée que si elle est acceptable, il faut donc éviter de froisser les électeurs avec des mesures qu’ils n’aiment pas. De la pure démagogie.

 

 

Pire, le ministre snobe les experts du Conseil National de Sécurité Routière qui préconisent une mesure courageuse: réduire les limitations de vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes secondaires sans séparation centrale. Cette mesure permettrait d’économiser environ 350 vies car 53% des morts s’y produisent. 

Pire encore, le ministre démontre son arrogance et son incompétence. Arrogance et incompétence de Bernard Cazeneuve

Résultat, cela fait 3 ans que la mortalité augmente.

Et comme le ministre a focalisé une mesure discriminatoire envers les jeunes et largement inefficace, l’abaissement à 0,20g/L de sang du taux de l’alcoolémie pour les permis probatoires. Le plus anciens approuvent puisque cela ne les contraint en rien. Il est facile d’être d’accord avec des règles non contraignantes pour soi. Ce sont de plus les électeurs les plus âgés qui votent le plus et décident du résultat des élections.

La démagogie tue et plus particulièrement nos jeunes.

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