Etre malade lors de la consommation d’alcool est un avantage évolutif

La chaîne Youtube « science étonnante » a publié le 9 juillet 2021 une vidéo qui nous éclaire sur la question du lien entre l’humanité et l’alcool.

Pour inciter sa lecture, le titre est provocateur « Pourquoi les asiatiques ne tiennent pas l’alcool?« 

Derrière ce véritable constat de « faiblesse » des asiatiques du Nord Est face à l’alcool, il y a une véritable étude scientifique et une conclusion qui s’impose: ne pas tenir l’alcool n’est pas une faiblesse, c’est au contraire un avantage évolutif face au fléau de l’humanité qu’est l’alcool. 

Ce que nous désignons par alcool est appelé scientifiquement Ethanol. La fermentation alcoolique est une activité secondaire des levures lorsqu’elles sont privées d’oxygène. Pasteur a mis en évidence cette propriété.

Les primates se sont adaptés pour consommer des fruits en train de pourrir. C’était à l’époque un avantage évolutif pour trouver de la nourriture que d’autres animaux ne pouvait consommer sous peine d’être malade à cause de l’alcool. Cette fermentation naturelle restait légère pourtant, quelques degrés au maximum.

Le lobby de l’alcool a bien évidemment exploité dans sa communication cet avantage évolutif pour faire croire que l’alcool est un facteur évolutif important pour notre humanité. Ce qui va suivre va démontrer exactement l’inverse. Le génie humain a créé la distillation qui a augmenté considérablement le taux d’alcool.

 

Comment agit l’alcool?

L’alcool va agir sur les neurotransmetteurs (dopamine et sérotonine) qui sont relachés par des vésicules d’un neurone pour se fixer sur les récepteurs d’un neurone cible à exciter.

L’alcool va perturber cette mis en communication en prenant la place des neurotransmetteurs sur les récepteurs.

Pour une explication plus détaillée je renvoie à un article du site: Comment les drogues (dont l’alcool) détraquent le cerveau

Les effets de l’alcool sont temporaires car notre corps tend à éliminer ce poison en le décomposant en acetaldehyde, principalement par l’action du foie. C’est l’acetaldehyde qui nous rend malade, d’où l’expression « asian flush » que les occidentaux utilisent pour dénigrer les asiatiques dont le teint vire au rouge sous l’effet de l’alcool.

L’élimination de l’alcool passe par deux étapes.

La première  par l’action d’une enzyme l’ADH, Alcool DesHydrogenase qui va transformer l’éthanol en acetaldehyde. 

La deuxième par l’action de l’enzyme ALDH, Aldehyde DesHydrogenase qui va transformer l’acetaldehyde en acétate.

Il y a ainsi deux gènes dans notre génome qui vont correspondre à chacune de ces enzymes.

La mutation génétique peut ainsi toucher l’un ou l’autre de ces gènes, ou même les deux.

Pour le gène de l’ADH, c’est un renforcement de la décomposition qui va générer beaucoup plus d’acetaldehyde qui rend malade.

Si c’est l’autre gène, c’est l’inverse, c’est une réduction de l’action de l’ALDH qui réduit l’élimination de l’acetaldehyde, ainsi le taux reste élevé, ce qui rend malade plus longtemps.

L’effet est donc maximum quand les deux gènes sont touchés.

Des études ont montré qu’en Chine, au Japon et en Corée les « défauts » génétiques concernent une majorité de la population.

 

Quel facteur explique donc cette particularité liée à la géographie?

Un lien a été trouvé avec la culture du riz et sa fermentation qui sont très anciens.

Il y a bien une corrélation entre ces mutations génétiques et l’ancienneté de la culture.

Une première impression serait de s’interroger sur le fait qu’en étant exposés depuis plus longtemps que les autres ethnies humaine à l’alcool, les asiatiques auraient dû développer une plus grande résistance à l’alcool. C’est une conception très occidentale de penser que « ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ».  Les occidentaux sont nombreux à penser que tenir l’alcool est une preuve de force, de virilité. Les mauviettes ne tiennent pas l’alcool.

C’est ici que la réflexion Darwinienne prend toute sa valeur sur la sélection naturelle.

En effet de nombreuses études montrent l’incidence de la consommation d’alcool sur l’apparition des cancers

Ainsi le graphique montre que pour 4 verres standards consommés quotidiennement, le risque de plusieurs cancers (lèvres, pharynx) est multiplié par 4, pour d’autres (oesophage, larynx) par 2.

 l’alcool est un facteur de risque pour d’autres maladies (cirrhoses, pancréatite, tubercolose) mais aussi pour les blessures et violences.

La sélection génétique plus ancienne a ainsi permis de favoriser les personnes qui ne supportent pas la consommation d’alcool car les consommateurs d’alcool meurent plus vite.

Une autre étude montre aussi que la génétique explique que les deux gènes sont des facteurs très importants pour la dépendance à l’alcool qui est fortement réduite par l’un des deux gènes, quand les deux gènes ont muté, il n’y a jamais de dépendance.

En résumé:

Si les asiatiques du Nord Est (principalement le Japon et la Chine côtière) ne tiennent pas l’alcool c’est qu’ils ont des mutations génétiques qui provoquent un pic jusqu’à 10 fois plus élevé d’acetaldehyde qui est responsable des intolérances à l’alcool. La raison de ces mutations s’explique par le fait que ce sont ces populations qui ont été les premières à produire de l’alcool notamment à partir de la fermentation du riz. Or l’alcool provoque de nombreuses maladies, des cancers. Ainsi les mutations génétiques aboutissent à donner un avantage aux personnes qui ne boivent pas d’alcool pour qu’elles ne deviennent pas malades. C’est une sélection naturelle plus ancienne chez ces populations qui a tendance à écarter les personnes qui peuvent boire de l’alcool. Ainsi être malade en cas d’ingestion d’alcool est un progrès génétique pour protéger l’humanité. Se moquer de ceux qui ne tiennent pas l’alcool, c’est se moquer d’un avantage évolutif, c’est se moquer de gens qui sont en avance.

Conclusion: puisqu’on a identifié les deux gènes et leur mécanisme, il serait certainement possible de créer des médicaments qui permettent à tous les humains de bénéficier de cet avantage évolutif sans attendre des milliers d’années de sélection Darwinienne. Le futur de l’Humanité sera sans alcool. Autant dire que le lobby des alcooliers se montrera contre le progrès, mais il disparaîtra comme il a tué des milliards d’humains depuis la nuit des temps.

La génétique aura toujours le dernier mot mais nous pouvons l’aider pour accélérer son action en augmentant le prix du verre d’alcool standard. 49% de l’alcool est consommé par 8% des français, la hausse des taxes sera donc supportée par la minorité de gros buveurs, c’est bien plus équitable. Actuellement c’est l’ensemble des contribuables et cotisants sociaux qui paient les conséquences de la consommation d’une minorité.

visionner la vidéo.

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