Poursuivie pour injure publique, la présidente de la Ligue contre la violence routière est relaxée, à Clermont-Ferrand

Chantal Perrichon, figure de la lutte contre l’insécurité routière, a comparu, ce jeudi, devant le tribunal de Clermont-Ferrand, après des propos tenus dans un article, lors de l’assouplissement des 80 km/h. Le débat sur les mots a aussi été celui sur les morts de la route.

C’est une formule cinglante parue dans un article, sur le site internet de France soir, le 16 mai 2019. « Nous allons payer le prix du sang de la pseudo-responsabilité des élus qui préfèrent leur mandat à la sécurité des citoyens ».

Débat sur les 80 km/h

Lâchée par Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, en pleine polémique sur l’assouplissement de la limitation à 80 km/h sur les routes de France, elle a valu à celle-ci de comparaître devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand, ce jeudi après-midi.

Dominique Bussereau, ancien ministre des Transports, au nom de l’Assemblée des départements, qu’il préside, a porté plainte contre elle pour « injure publique ». Trois présidents de département, ayant relevé la vitesse à 90 km/h, se sont constitués partie civile.

« Ils se sont sentis visés par ces propos largement outranciers », estime Me Fabrice Renouard, leur avocat. L’infatigable militante de la sécurité sur les routes a-t-elle dérapé ?

« Vous êtes une femme admirable, madame. Mais parce que votre combat est digne, il doit être mené dans la dignité. Dire que nos élus préfèrent que le sang coule est véritablement abject. »

ME GILLES-JEAN PORTEJOIE, AVOCAT DE DOMINIQUE BUSSERAU

Chantal Perrichon, venue spécialement de Paris pour s’expliquer, reconnaît des propos véhéments. Devant la violence présumée de ceux-ci, elle expose celle de la route.

« Ma parole traduit ce que nous vivons quand les gens perdent des proches sur la route. Lorsqu’on augmente la vitesse, on augmente la mortalité, c’est une constante. »

CHANTAL PERRICHON, PRÉSIDENTE DE LA LIGUE CONTRE LA VIOLENCE ROUTIÈRE

L’un des quatre témoins cités par la défense, médecin très engagé dans la lutte contre l’insécurité routière, le dit encore plus fortement. « Les propos de Chantal Perrichon sont faibles. Il est évident qu’il y a des gens qui vont mourir. » 

« L’indignation, notre ADN »

L’indignation, dit un autre membre de la Ligue contre la violence routière, « fait partie de notre ADN ». Pour Me François Honorat, avocat de Chantal Perrichon, cela ne relève en rien de l’injure mais du débat démocratique.

« À l’époque de l’assouplissement, on fait gober à l’électeur des arguments facialement protecteurs alors qu’on sacrifie des vies. L’objectif de Chantal Perrichon est de dire la vérité. »

C’était la première fois que sa cliente, 75 ans et habituée aux prises de position dans les médias, faisait l’objet d’une telle poursuite. Laquelle s’est conclue par une relaxe. Le tribunal a considéré que les propos ne dépassaient pas les limites de la liberté d’expression. Me Portejoie a annoncé sa décision d’interjeter appel.

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