Agnès Buzyn dit-elle vrai sur l’alcool au volant et les réflexes des conducteurs ?

France Info 22/11/2019 « Vrai du faux »

La ministre de la Santé estime que c’est au-delà de 0,5 g/L d’alcool dans le sang qu’on perd ses réflexes au volant. Alors que Didier Guillaume a évoqué la tolérance zéro en matière d’alcool au volant, Agnès Buzyn estime jeudi 21 novembre sur franceinfo que « la zone de risque est au-dessus de 0,5 g/L. C’est là où on perd ses réflexes ». C’est à la fois vrai et faux, la Cellule Vrai du faux vous explique pourquoi.

Des effets dès le premier verre
Les effets de l’alcool apparaissent presque dès la première goutte et influent sur le temps de réaction, le champ de vision qui se rétrécit, les reliefs qui apparaissent moins bien et un plus grand éblouissement. Le conducteur est aussi plus sensible à la fatigue et évalue moins bien les risques, notamment liés à la vitesse, comme le rappelle régulièrement la Sécurité routière.

L’Inserm explique dans son étude « Alcool et santé » 1 qu’il agit directement sur le cerveau : « Jusqu’à 0,5 g/L, l’éthanol a un effet stimulant qui s’accompagne d’une désinhibition : les tâches cognitives sont exécutées plus rapidement et avec une sensation subjective de facilité, mais avec un taux d’erreurs accru. Au-delà de 0,5 g/L, il a un effet sédatif et perturbe les fonctions motrices (perte d’équilibre, de la coordination des mouvements).« 

Des données qui recoupent celles de la National Highway Traffic Safety Administration des États-Unis : elle a compilé 109 études de recherche sur les effets de l’alcool et l’impact sur les facultés de la conduite (en anglais) 2 .

Une alcoolémie souvent plus forte dans les accidents graves La ministre de la Santé déclare aussi que « l’alcool au volant qui tue aujourd’hui, ce sont des taux d’alcoolémie plus élevés ».
Cette fois, c’est vrai, confirme Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière. « Il n’y a pas d’effet de palier et l’influence de l’alcool est exponentielle. » Au seuil légal de 0,5 g/L, le risque d’accident est déjà deux fois plus élevé qu’à jeun.

L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière ajoute dans son bilan 2018 que le taux d’alcoolémie a aussi une influence sur la gravité des accidents. Il précise que « le risque d’être responsable d’un accident mortel est multiplié par 6,4 entre 0,5 et 0,8 g/l ; par 8,3 entre 0,8 et 1,2 g/l ; par 24,4 entre 1,2 et 2 g/l ; jusqu’à 44,4 au-delà de 2 g/l« .

3 « Alcool & Santé ; Lutter contre un fardeau à multiples visages » Dossier réalisé en collaboration avec le Pr Mickaël Naassila, directeur de l’équipe Inserm ERI 24, « Groupe de recherche sur l’alcool & les pharmacodépendances » (GRAP) et Bertrand Nalpas, directeur de recherche à l’Inserm et chargé de la mission « Addiction » https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/alcool-sante

4 “A Review of the Literature on the Effects of Low Doses of Alcohol on Driving-Related Skills” Herbert Moskowitz, Dary Fiorentino, April
2000 https://one.nhtsa.gov/people/injury/research/pub/hs809028/Title.htm#Contents

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