Nord. Pour éviter de perdre des points, des automobilistes faisaient appel à un réseau de conducteurs-fantômes

France Bleu 23/04/2019

Le tribunal de police de Lille a jugé ce mardi une quinzaine de personnes, pour une affaire peu banale. Elles étaient convoquées pour des infractions au code de la route, mais pour garder leurs points, elles avaient toute désigné le même conducteur. A l’origine, un vaste réseau de fraude. 

Dénoncer quelqu’un de sa famille pour une infraction au volant, afin de ne pas se voir retirer de points, c’est une pratique bien connue. Mais quand cela devient un business à grande échelle, la justice s’en mêle.

Ce mardi 23 avril, le tribunal de police de Lille a convoqué seize conducteurs, auteurs d’infractions. Tous ont affirmé que ce n’était pas eux qui conduisaient, mais une jeune femme, toujours la même. En moins d’un an, en 2018, cette même personne s’est vu attribuer 600 PV. La fraude était bien rodée puisqu’elle n’habitait pas à l’adresse indiquée, et l’infraction n’était jamais régularisée.

Un millier de PV repérés
A l’origine de cette affaire, le centre national de traitement des infractions routières se rend compte qu’en un an, plus de 1000 contraventions ont été adressés à deux personnes : une Serbe née en Allemagne, et un Camerounais qui habite en Belgique.

A chaque fois, ils ont été dénoncés par le propriétaire du véhicule, qui affirme que ce n’était pas lui au volant au moment où l’infraction a été commise. Le commandant Frédéric Carré, officier du ministère public lors de l’audience au tribunal de police, donne l‘exemple d’un ambulancier, pour l’usage d’un portable au volant : « ce Monsieur a trouvé très intelligent de désigner une personne habitant en Serbie. Je ne connais pas beaucoup d’ambulanciers qui prêtent leurs ambulances à des inconnus !« 

Un réseau piloté depuis la métropole lilloise
C’est un réseau qui serait derrière cette fraude. Les contacts se faisaient via la messagerie Snapchat, rendez vous était donné dans deux bars, l’un à Lille, l’autre à Loos. Le contrevenant montrait son PV, qui était pris en photo, et les membres du réseau s’occupaient de dénoncer le conducteur fictif.

Tout cela moyennant finances, bien sûr : pour un petit excès de vitesse par exemple, 45 euros d’amende et un point de permis, il fallait débourser 110 euros. Le commandant Carré n’a jamais vu ça: « on a déjà vu des personnes qui tentaient d’échapper au retrait de points en désignant leur grand-mère, mais c’était très ponctuel. Aujourd’hui, l’ampleur est considérable, nationale, concentrée sur le Nord-Pas-de-Calais, mais avec aussi des exemples à Annecy« .

300 euros d’amende et permis suspendu
Parmi les clients du réseau convoqués ce mardi, un chauffeur de VTC, qui ne voulait pas perdre de points après avoir téléphoné en conduisant. Il a été condamné à 300 euros d’amende et un mois de suspension de permis.

L’affaire n’est pas terminée puisque le parquet de Lille va désormais ouvrir une enquête pour faux et usage de faux.

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