Les radars, cibles privilégiées des gilets jaunes

La vague de contestation des Gilets Jaunes emporte aussi les radars automatiques sur le bord des routes15. Un tour sur les routes franciliennes suffit à s’en convaincre : des dizaines de radars sont vandalisés ou rendus inopérants.

Le Parisien 03/12/2018 Jean-Gabriel Bontinck

Impossible de ne pas les croiser sur les routes franciliennes et de l’Oise. Carbonisés, tagués, mis sous sac ou ceints d’un gilet jaunes, les radars de vitesse sont la cible privilégiée de la colère des automobilistes. Impossible de dire si ces dégradations sont l’oeuvre unique des gilets jaunes. Mais force est de constater que depuis le début du mouvement, le vandalisme s’intensifie. Principalement en grande couronne, là où la vidéoverbalisation est moins présente.

Impossible d’avoir une confirmation officielle chiffrée : la délégation à la sécurité routière, rattachée au ministère de l’Intérieur, ne veut pas communiquer de bilan, de peur de jeter de l’huile sur le feu, en créant d’incitations, comme ce fut le cas pour les voitures brûlées chaque soir de réveillon.

Pour autant, ces dégradations semblent clairement se multiplier. Le site spécialisé radars-auto.com, avance le chiffre de 600 radars vandalisés en France, soit 20% du parc. Impossible à vérifier16.
Des amendes même pour un gilet jaune La Sécurité routière prend en tout cas le sujet très au sérieux, car, explique-t-on à la DSR, les actes de vandalisme ont une incidence sur la sécurité. « Par sa présence 24 heures sur 24, le radar sauve des vies en dissuadant les usagers de commettre des excès de vitesse. La vitesse excessive ou inadaptée est responsable d’1 accident mortel sur 3 »,
rappelle-t-on.

Le vandalisme a aussi un coût : le remplacement d’un radar fixe et discriminant, c’est entre 60.000 et 80.000 € (dont 30.000 à 40.000 € pour la cabine) selon l’ampleur des travaux. Un radar « chantier », ou autonome, c’est 75.000 €.

Et même pour du vandalisme léger, type tag ou vitre cassée, c’est en moyenne 500 € et une semaine de réparation.

Pour du vandalisme lourd avec dégradation de la cabine, il faut compter un mois.

Face à l’ampleur de ces dégâts, la DSR rappelle que la dégradation de radar est un délit, passible d’une amende de 3.750 € assortie d’une peine de travaux d’intérêt général (dégradation légère), ou d’une amende de 30 à 75.000 € en fonction des circonstances (dégradation lourde). Même avec un simple gilet jaune ou un sac poubelle, il s’agit d’une «tentative », estime la DSR, et à ce titre les contrevenants s’exposent aux mêmes peines.

Les appels à s’attaquer aux radars se multiplient 
Les radars, symboles de la pression fiscale de l’Etat, sont devenus l’une des cibles des Gilets jaunes. Mais les avis divergent sur les actions à mener. Sur la page Facebook des Gilets jaunes Ile-de-France, en fin de semaine dernière, Julien lançait un appel à « détruire » les radars, pendant que « toutes les forces de l’ordre seront mobilisées sur Paris ».
Sa proposition fait écho aux nombreux appels lancés sur les réseaux sociaux, dans toute la France, depuis le début du mouvement. Mais il y a des débats sur les modalités d’action contre ces radars.
« Pourquoi détruire… Mettre des sacs-poubelles, scotchs et le tour est joué », répondent en substance Casper, MarieFrance ou Jérémy. Un sac-poubelle pour occulter, ou alors… un gilet jaune, avec du scotch noir, comme le montre Eric.

«Pas de casse, pas d’impact »
Mais cette méthode, qui a la faveur de la majorité du groupe même sil elle les expose à des amendes (lire par ailleurs), ne fait pas l’unanimité. « Pas de casse, pas d’impact », estime Nabila. « Il faut les détruire, approuve Dido. Ils ne pourront plus les faire réparer, au bout d’un moment, plus d’argent ».

Le débat s’instaure aussi sur le type de radars à vandaliser. « Faut faire des radars de feux, ceux-là, personne y a encore touché, c’est 4 points quand même », avance Guillaume. « Je ne suis pas d’accord, lui répond Patrick. Ceux qui grillent les feux rouges sont des dangers pour les autres conducteurs ».

Concernant les lieux où attaquer ces radars, Aimé propose le périph parisien, relativement épargné. « Effectivement il y a encore beaucoup de radars qui sont opérationnels, répond-il à la proposition de Julien. Tous les radars du périphérique sont actifs, il faudrait tous les bâcher ».

21 des 22 radars automatiques du Puy-de-Dôme sont hors service*

Sept radars ont été brûlés en Limousin depuis le 17 novembre

Seine-et-Marne : près de 80% des radars routiers constatés hors service

Seine-et-Marne : des proches de victimes dénoncent la dégradation massive de radars

Le Parisien 03/12/2018 Sébastien Roselé avec Guénaèle Calan
Près de huit radars sur dix sont hors-service en Seine-et-Marne. Deux proches de victimes de la route dénoncent les dégradations tout en reconnaissant que certaines machines semblent être installées pour flasher.
« Le radar dans ma commune est régulièrement recouvert de peinture ou bâché. Et quand il est remis en service, cela dure quarante-huit heures avant qu’il ne soit de nouveau vandalisé. » Ce qu’observe le maire de Saints, Bernard Jacotin (Agir), est loin d’être une exception. Ce serait même plutôt la règle dans le département.Près de huit radars sur dix en Seine-et-Marne sont rendus aveugles pas de la peinture ou des sacs en plastiques (lire ci-dessous).
« Tristesse et désolation. » Ce sont les mots qui viennent à la bouche de Charlette Planchon, en apprenant la mise horsservice des radars. Sa fille Héloïse Planchon a perdu la vie sur une route de Bailly-Romainvilliers le 10 novembre 2010.
Le soir du drame, sa fille de 20 ans est la passagère avant d’une Honda Civic, dont le conducteur roule beaucoup trop vite, à la sortie de l’autoroute A4, vers Disneyland Paris. La voiture va percuter un pont routier, sur la pénétrante, juste après un virage.

« Ils vandalisent pour privilégier leur confort »
Les parents d’Héloïse se sont battus pour la pose d’un radar fixe automatique, à l’endroit de l’accident. C’est en 2013 qu’il a fait son apparition, sur cette route aujourd’hui limitée à 70 km/h. « Je sais que certains radars sont installés uniquement pour flasher. Mais d’autres, comme celui de Bailly, sont utiles pour préserver des vies, notamment celle des jeunes. Sur cette route, des jeunes faisaient des courses de vitesse à l’époque. C’est terrible de voir que certains vandalisent des radars pour privilégier leur confort », estime Charlette Planchon, dont le fils a été blessé dans l’accident.

« C’est nous qui paierons les pots cassés »
Secrétaire générale de Victimes et avenir, Maud Escriva, de Varreddes, « ne cautionne pas du tout » cette mise horsservice systématique des radars. Son association vient en aide aux victimes d’accidents de la route en les aidant dans leurs démarches administratives. Elle n’excuse pas, donc. « D’autant que c’est nous tous qui paierons les pots cassés. »
Mais elle comprend. « C’est sans doute l’expression d’un ras-le-bol général des Français. Le passage aux 80 km/h n’était pas opportun. »

Et Maud Escriva de développer son argumentation. « La vitesse aggrave les conséquences des accidents. Mais la plupart des accidents sont dus à l’alcool, à la drogue et à l’usage des téléphones. » Quant aux radars seine-et-marnais, ils ne sont pas trop nombreux pour elle mais « je ne suis pas sûre qu’ils soient toujours bien placés ».

Gilets jaunes : de plus en plus de radars vandalisés
France Bleu Paris 04/12/2018
Les radars automatiques sont une des cibles de la contestation des gilets jaunes. Depuis le début du mouvement, on constate une recrudescence du vandalisme.
Incendiés, bâchés, taggés ou recouverts d’un gilet jaune, les radars sont pris pour cible. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, le vandalisme, déjà à l’oeuvre au moment du passage à 80 km/h, s’est intensifié. Ces dégradations se multiplient, reconnaît la délégation à la sécurité routière (DSR), qui refuse toutefois de donner des chiffres, par crainte de créer une surenchère.
Lors des affrontements à Paris samedi 1erdécembre, les gilets jaunes, entre autres dégradations, s’en sont aussi pris aux radars. Des manifestants ont détruit la cabine installée avenue de la Grande Armée, ou encore le radar feu rouge de l’Avenue Foch, dans le 16e arrondissement.

Des dégradations qui coûtent cher
Ce vandalisme a un coût, y compris les dégradations les plus légères. Enlever un tag ou remplacer une vitre cassée coûte en moyenne 500 euros et nécessite une semaine de réparation. Pour changer une cabine détruite, il faut compter entre 60.000 et 80.000 euros selon le type de radars. Et en moyenne, un mois est nécessaire pour remplacer un appareil.
De fait, avec l’augmentation des dégradations, de nombreux radars sont inopérants, ce qui a un impact sur la sécurité routière, assure la DSR. « Par sa présence 24h sur 24, le radar sauve des vies en dissuadant les usagers de commettre des excès de vitesse. »

Des amendes de 3.750 € à 75.000 €
La Sécurité routière rappelle que la dégradation de radar est un délit, passible d’une amende de 3.750 euros, assortie d’une peine de travaux d’intérêt général pour les dégradations légères. Pour une dégradation lourde, l’amende peut grimper de 30.000 à 75.000 euros en fonction des circonstances. Et à l’amende, s’ajoute la réparation des dommages.
Recouvrir un radar d’un sac poubelle ou d’un gilet jaune est aussi une infraction passible des mêmes peines, précise la Sécurité routière, car il s’agit d’une « tentative » de dégradation.

 

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