Nord. Faut-il supprimer les feux rouges ?

Nord Eclair 22/02/2017 Angélique Da Silva-Dubuis
Paris, Nantes, Bordeaux et plus proche de nous Abbeville ont décidé de supprimer des feux tricolores. Objectif :rendre la circulation plus fluide et réduire les accidents. Bonne ou mauvaise idée?
À Bousbecque, la ville fonctionne sans feux de signalisation. Décryptage.
Les feux tricolores provoquent des bouchons et des accidents : VRAI
L’Hexagone compte plus de 30 000 carrefours à feux. Selon le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA), les conducteurs seraient moins attentifs et moins prudents lorsque des panneaux et des feux tricolores balisent leur trajet. Il en va de même pour les piétons, qui ont tendance à moins regarder à droite et à gauche avant de traverser sur les passages équipés de feux. En France, 14 % des accidents de la route surviennent à des carrefours à feux. Ils provoquent chaque année 150 morts et 1 500 blessés.

Le feu rouge, une invention française : FAUX
Le tout premier feu électrique a été installé le 5 août 1914 dans une rue de Cleveland (Ohio) aux États-Unis. À l’époque, il ne comportait que deux couleurs : le rouge et le vert. Il était dirigé manuellement par un agent dans une cabine. Le premier feu de signalisation fera son apparition en Europe dans les années 20. Il est installé en 1923 à Paris, au croisement du boulevard de Sébastopol et de la rue de Rivoli. Les automobilistes pouvaient passer quand il était éteint et devaient s’arrêter quand il était rouge. Le feu tricolore arrivera dix ans plus tard
grâce à l’ingénieur Léon Foenquinos.


Supprimer les feux, c’est possible à des endroits bien spécifiques : VRAI
C’est Abbeville qui a été précurseur en supprimant tous ses feux, sauf un, pour les remplacer par des giratoires. Avec 64 000 entrées et sorties de véhicules par jour dans le centre-ville, la mesure a permis de fluidifier nettement le trafic selon la mairie. Mais toutes les villes peuvent-elles se passer de leurs feux tricolores ?
Bordeaux, Nantes ou encore Lyon se lancent dans l’aventure pour réduire les bouchons. Mais ces tests se cantonnent à des endroits spécifiques. Dans le cadre de son Plan piéton, la ville de Paris va abandonner des feux de signalisation dans certains quartiers en zone 30 km/h.
« Cela ne peut fonctionner qu’en zone 30 », observe Hervé Dizy, représentant de la Ligue contre la violence routière. Il voit d’un bon œil ces expérimentations et les encourage vivement pour la métropole lilloise. « On gâche énormément d’énergie dans les flux de circulation saccadés car on a tendance à sur-réagir et c’est là que surviennent les accidents. » Une ville en zone 30 n’est pas synonyme de ville au ralenti pour celui qui défend un nouveau partage de la route : « Au contraire, aujourd’hui on perd son temps à vouloir en gagner, en s’énervant, en voulant éviter les encombrements (changements de file incessants et intempestifs). Le secret de la fluidité, c’est la vitesse constante. »


En l’absence de feu tricolore : c’est la loi du plus fort : FAUX
Bousbecque est l’une des rares villes de la métropole à se passer de feux tricolores. Depuis toujours. Même si la voie de contournement a réduit le trafic, près de 5 000 véhicules empruntent chaque jour le centre-ville de cette petite commune située au bord de la Lys. Point de passage stratégique entre Halluin et Armentières où rayonnent encore quelques belles industries. « Je n’ai jamais connu de feux à Bousbecque en dehors des signalisations provisoires pour les chantiers », explique le maire Alexandre Beeuwsaert. Le point le plus sensible se situe devant l’église, à l’intersection de la rue Léon-Six et la rue de Linselles. C’est un « cédez le passage » qui régule le trafic à cet endroit. « Les choses fonctionnent plutôt bien. Il y a un peu d’encombrement aux heures scolaires, mais globalement la circulation est fluide, là où un feu stopperait tout le monde. » Et ce carrefour n’est pas particulièrement accidentogène selon le maire. Mais est-ce que l’absence de feux n’encourage pas la loi du plus fort ? « Je pense que les automobilistes sont plus concentrés et font du coup plus attention aux autres usagers. »
À Drachten aux Pays-Bas, les feux de signalisation, les panneaux et les marquages au sol ont tous disparu ou presque. C’est l’exemple le plus abouti du « shared space », espace partagé.
Plus proche de nous, la Belgique fait une grande place aux piétons et aux cyclistes avec des trottoirs traversants.

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